Analyse du jeu We Happy Few – Partie 1 : Introduction à l’univers

Avant de continuer, j’aimerais d’abord informer que ceci est une étude de l’univers de We Happy Few et n’est pas une critique du jeu en tant que tel. Pour voir la critique, je vous invite à aller lire l’article de Jonathan sur le sujet. De plus, le jeu est en accès anticipé et certains points que je vais aborder peuvent changer au courant du développement du jeu. Certains éléments ont déjà changé depuis le début de l’écriture de cet article; il faut donc rester alerte quant aux prochaines mises à jour.


Après avoir joué plusieurs fois à We Happy Few, je remarque qu’il y a beaucoup de choses à dire sur le jeu et sur l’expérience qu’il fait vivre. Je ne parle pas nécessairement de gameplay, mais de l’univers dans lequel nous sommes transportés.

On commence l’aventure de We Happy Few dans la peau d’Arthur Hastings, fonctionnaire/archiviste. Rapidement, je m’aperçois qu’on entre dans ce qui ressemble à une critique des médias. Une machine est posée devant moi. Un rouleau se glisse à l’intérieur et un article apparaît devant mes yeux. Arthur le censure. Trop négatif. L’article entre dans le rouleau à nouveau et s’en retourne par le même tuyau duquel il est arrivé. Hop, la procédure recommence avec un article positif. Cette fois, Arthur l’accepte.

Je prends le contrôle du personnage. La première chose que je dois faire, c’est de choisir ce qui va être censuré, de ce qui va être accepté. Les articles sont variés entre des articles négatifs et d’autres positifs. La première pensée que j’ai crue en voyant l’univers et juste en analysant le titre, c’est que je devais censurer les articles négatifs et montrer seulement ce qui est positif. Le parallèle avec notre monde à nous devient clair, et je crois que la critique de notre société continue de se dévoiler tout le long du titre. Je reviendrai plus tard sur ce point, lorsque tous les éléments seront mis en place.

Une décision importante

La suite de l’introduction est surprenante. Une fois que les articles sont triés, je tombe sur un article dans lequel quelque chose arrive à mon frère, au frère d’Arthur Hasting. Soudainement, dans un élan de panique, l’écran devient flou. Un malaise m’envahit comme il envahit le personnage que je contrôle. Après avoir entendu des cris, des voix d’enfants qui appellent Arthur, un choix éthique nous est donné : dois-je prendre une pilule ou dois-je essayer de me souvenir ce qui s’est passé? Voyant comment l’univers était fait, je savais bien que le jeu me manipulait, en piquant ma curiosité et que je devais renoncer à cette pilule. J’ai décidé, la première fois, de la prendre. Surprise : le jeu s’est terminé. Je vécus heureux jusqu’à la fin de ma vie.

J’aurais pu fermer le jeu, me dire que c’était assez et que j’avais fait la tâche comme il se doit. (Étonnement, ce passage me rappelle énormément comment le jeu fait savoir qu’il nous contrôle dans The Stanley Parable et que la seule façon d’obtenir une fin heureuse, c’est de fermer le jeu, parce que peu importe les choix que tu prends, ce sont les règlements du jeu qui t’imposent ces choix.) Mais non. Cette curiosité de vouloir connaître la vérité s’est emparée de moi et j’ai recommencé, refusant ainsi la pilule.

StanleyParable-MindControlFacility
Peu importe le chemin que tu prends, c’est le jeu qui décide de tes actions.

Je recommence. Censure. Laisse passer. Malaise. J’appuie sur « me souvenir ». Voilà, cette fois, c’est fait, je refuse de prendre ma pilule et me retrouve à voir la réalité telle qu’elle est, me souvenir d’une vie et ce n’était pas sans douleur. Une femme vient me chercher, elle porte un masque (peint ou non, mais cela a peu d’importance) et nous demande de se dépêcher et de rejoindre tout le monde pour la piñata. Voyant qu’on ne se sent pas bien, elle demande si on veut prendre une joy, la pilule que j’ai refusée à moi-même quelques minutes plus tôt.

Refusant une seconde fois, on se dirige dans une pièce avec plein de personnes. Les gens frappent sur une piñata. Mon tour arrive et je la fais exploser en centaines de bonbons. La réalité frappe instantanément. Le jouet festif se transforme en rat géant. Les bonbons en organes. J’ai tué un rat. Voyant ça, Arthur est sur le point de vomir. Je suis sous le choc… intrigué. La dame comprend que je n’ai plus de joy dans mon système. Elle en offre à nouveau. Arthur refuse une seconde fois et elle s’exclame «We have a DOWNER». Je fuis dans les égouts, et c’est là que mon aventure, la vraie, dans la réalité crue commence.

We Happy Few
As-tu pris ta Joy?

Lutter pour rester en vie, ressources limitées

C’est à ce moment que la partie commence. La première chose que j’ai remarquée, c’est l’apparition d’un HUD qui montre mes statistiques, soit : la faim, la soif et la fatigue. C’est quand même étrange que ces éléments apparaissent seulement après notre classification de Downer. Je ne crois pas que ce soit un hasard. Ce sont des éléments qu’on n’a jamais eu besoin de vérifier lorsqu’on était une personne qui prenait de la Joy. Les ressources semblaient être disponibles : personne n’avait besoin de se préoccuper d’avoir faim, ou soif, ou même d’avoir un lit sécuritaire dans lequel dormir.

C’est également la première fois qu’on voit le visage de notre personnage, lorsqu’on entre dans les menus. Étrangement, il vient de la ville, là où tout le monde porte un masque. Il n’en porte pas lorsqu’on le voit. Du moins, il n’en porte plus depuis qu’il est sorti de la ville. Je ne crois pas, encore une fois, que ce soit un choix esthétique qui est sans but. Les personnes qui portent le masque sont des personnes qui prennent encore de la Joy, qui sont encore fonctionnaires dans ce qui paraît être le plus beau coin du pays. (Bien que je crois que c’est une illusion causée par la Joy et qu’en fait, le coin de ce pays est aussi délabré que le reste).

C’est ici que, pour moi, le titre prend tout son sens : We Happy Few. Bien qu’il ne soit pas traduisible et qu’il ne fasse pas de cohérence, syntaxiquement parlant, même dans son langage d’origine, il a énormément de sens. On peut voir la référence à Henry V de Shakespeare, lorsque le Roi Henry insinue, durant le discours de St-Cripsin, que Moins il y a d’hommes au travail (à la bagarre), plus la gloire est grande pour ceux qui font partie de la bande de frères, des We Happy Few.

We Happy Few - Inventaire
Quand on a rien, même des déchets sont pratiques.

Autrement dit, la gloire et le bonheur n’appartiennent qu’à une poignée de gens, une « élite ». C’est exactement ça qu’on voit dans le jeu, et c’est pour cette raison que le titre n’aurait pas pu être mieux choisi. Il n’y a que ceux qui prennent de la Joy qui trouvent la joie de vivre. Autrement dit, ceux et celles qui voient La Réalité et, j’oserais même dire, La Vérité deviennent (ou sont considérés) fousLes ressources semblent illimitées pour l’élite. On dirait qu’il y a de la joy à profusion, de la nourriture, de l’eau et un endroit sécuritaire pour dormir la nuit. Une question me vient à l’esprit cependant : est-ce vraiment le cas?

Je ne crois pas. Comme je l’ai montré dans l’introduction, avec la piñata, ils se contentent de n’importe quelle cochonnerie qu’on leur donne et ils croient que c’est bon à manger. Étant baignés dans l’illusion constante du « meilleur des mondes », ils se contentent de peu lorsqu’ils sont sur la joy. Un petit bonheur illusoire, loin de la vérité, loin de la réalité. Contrairement à cela, ceux et celles qui ne prennent pas de joy ne mangent pas à leur faim. La nourriture et l’eau se font vraiment rares et ils sombrent, tranquillement pour certains, plus radicalement pour d’autres, dans la folie.

Autrement dit, la réalité, la vérité, n’est pas belle à voir. Peut-on s’en sortir lorsqu’on a vu la réalité crue?

 

La suite dans un prochain article

Pour l’instant, nous allons nous en arrêter là! Maintenant que je vous ai introduit à l’univers du jeu et à son concept de base, dans le prochain article, je vais aller beaucoup plus en profondeur sur les concepts de vérité, de choix d’illusion, de conspirations et de contrôle d’une société. After all, tous les chemins mènent à Orwell!

Alex Poirier

About Alex Poirier

Avec les stream dans le sang, sarcastique, touche-à-tout et verbomoteur, Alex (de son surnom Popo) est un mélange entre orateur, un penseur et Conker . Il a une passion pour les sorties de zones de conforts, les classiques, la sphère indés, la bière et l’horreur. Il a une vision profonde des jeux et cette passion est contagieuse et aime en discuter avec la communauté. Chez Productions Binary Act, il crée, invente, co-dirige, anime et est community manager.

5 thoughts on “Analyse du jeu We Happy Few – Partie 1 : Introduction à l’univers

  1. Déjà, quand j’avais entendu parlé de ce jeux, je m’y étais intéressé. J’ai vraiment hâte que le jeux complet sorte et cet article nourrit complètement ma curiosité! J’appréhende avec envie les prochains articles sur ce jeux pour me faire patienter :)

  2. Les articles vont être publiés chaque semaines! Merci beaucoup d’avoir lu ce présent article. Si tu as des questions, n’hésite pas :)

  3. Bon article! J’ai bien hâte d’en apprendre plus sur cet univers! ~

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